Monsieur João Gabriel de Matos Ferreira
Chef de Délégation
Délégation de la Commission européenne
Rua Rainha Jinga, 45-3º
Luanda
Angola
Fax : 00.244.222.392.531 /00.244.222.390.825
Paris, le 18 décembre 2007
Objet : détention d’un journaliste de la province de Cabinda dans une prison militaire de Luanda
Monsieur l’Ambassadeur,
L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-France) est vivement préoccupée par la détention actuelle de Monsieur José Fernando Lello, journaliste angolais et ex-correspondant de la radio « Voice of America », à la prison militaire de Sao Paulo à Luanda.
Monsieur José Fernando Lello, soupçonné par les autorités angolaises d’être le leader d’une nouvelle rébellion au Cabinda, a été arrêté par des soldats des Forces armées angolaises (FAA), le 15 novembre 2007, dans ladite province, puis transféré, dans la journée, à la capitale Luanda.
Cela fait maintenant plus d’un mois qu’il est détenu dans la prison militaire de Sao Paolo. Il n’a toujours pas été inculpé de la moindre infraction.
Alors que cette personne est un civil, l’ACAT-France s’étonne que Monsieur José Fernando Lello fasse l’objet d’une procédure judiciaire devant un tribunal militaire. Les procès de civils devant des instances militaires sont contraires aux normes internationales d’équité. Les Directives et principes sur le droit à un procès équitable et à l'assistance judiciaire en Afrique, adoptés en 2003 par la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), indiquent clairement que les civils ne doivent pas être jugés par des juridictions militaires : « Les tribunaux militaires ne peuvent, en aucune circonstance, juger des civils. » (Article 5-L, « Droit des civils à ne pas être jugés par un tribunal militaire »).
L’ACAT-France s’étonne également que Monsieur José Fernando Lello ait été transféré à Luanda pour être jugé alors qu’il existe un tribunal compétent au Cabinda pour le faire.
Après plus d’un mois de détention, l’état de santé de M. Lello commencerait à se dégrader.
Dans le cas où les autorités angolaises affirmeraient détenir des éléments de preuve suffisamment solides à l’encontre de Monsieur José Fernando Lello, ce dernier devrait être jugé en bonne et due forme au Cabinda par une juridiction civile respectant les normes internationales d’équité.
L’ACAT-France pense que Monsieur José Fernando Lello est privé de liberté uniquement pour avoir exprimé des convictions politiques en faveur de l’indépendance du Cabinda sans recourir à la violence ni prôner son usage. Le 14 mai 2006, il avait déjà été brièvement arrêté par la police au Cabinda.
L’ACAT-France vous prie d’exhorter les autorités angolaises à libérer Monsieur José Fernando Lello ou de veiller à ce qu’il soit rapidement inculpé, par une autoritaire judiciaire civile au Cabinda, d’une infraction pénale dûment reconnue par la loi.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur l’Ambassadeur, l’expression de notre haute considération.
Clément Boursin
Chargé de mission Afrique
Contact : Clément Boursin, Chargé de mission Afrique, ACAT-France, 7 rue Georges Lardennois, 75019 Paris, Fax : 01.40.40.42.44, clement.boursin@acat.asso.fr