Monsieur Jean-Marie BOCKEL
Secrétaire d'Etat
Secrétariat d'Etat chargé de la coopération et de la francophonie
20, rue Monsieur
75007 Paris
Fax : 01.53.69.43.70
Paris, le 13 novembre 2007
Objet : situation de l’association Mpalabanda en Angola
Monsieur le Secrétaire d'Etat,
L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-France) a été informée de votre déplacement en Angola, du 14 au 16 novembre 2007. Notre association suit avec préoccupation, depuis plusieurs années, la situation de la seule organisation de défense des droits de l'homme, véritablement indépendante dans la province angolaise de Cabinda, l'association Mpalabanda.
Au Cabinda, les défenseurs des droits de l’homme font régulièrement l’objet de harcèlements, d’intimidations, d’arrestations arbitraires et parfois de menaces de mort, dans le but de les empêcher de travailler, de les réduire au silence et d’éviter ainsi qu’ils n’ébruitent des informations qui puissent nuire à l’image de l’Angola au-delà de ses frontières.
L’association Mpalabanda, créée en juillet 2003, a été interdite d'exercer ses activités le 20 juillet 2006. Elle rassemblait régulièrement un certain nombre de preuves d'atteintes aux droits de l'homme perpétrées par les Forces armées angolaises (FAA) et par les membres du Front de libération de l'enclave de Cabinda (FLEC) et demandait que justice soit rendue aux victimes. En novembre 2006, malgré le soutien de nombreuses associations internationales de défense des droits de l’homme, les bureaux de Mpalabanda ont été fermés.
Une procédure d’appel a été lancée par les membres de Mpalabanda auprès de la Cour Suprême angolaise afin que leur association puisse de nouveau exercer ses activités de défense des droits de l’homme. Selon nos informations, la Cour Suprême ne s’est toujours pas exprimée sur le sujet.
Un « Comité Provincial des Droits de l’Homme » a, par contre, été constitué par les autorités angolaises, pour se substituer à l’association Mpalabanda et montrer ainsi à l’opinion internationale l’existence d’une structure oeuvrant en faveur des droits de l’homme au Cabinda. Cette structure gouvernementale est composée uniquement de membres du Movimiento Popular de Libertação de Angola (MPLA), le parti au pouvoir en Angola.
Sans Mpalabanda, la population de l’enclave de Cabinda se retrouve aujourd’hui seule face aux violations des droits de l’homme commises dans cette province. Plus personne n’enregistre leurs plaintes. Le gouvernement angolais dispose dorénavant d’un contrôle quasi-total sur l’information sortant du Cabinda.
Le 9 mars 2007, le Ministre des Affaires étrangères de l’époque, Monsieur Philippe DOUSTE-BLAZY, nous avait affirmé par courrier (réf. 003335CM) qu’il espérait « que cette association pourr[ait] rapidement exercer de nouveau ses activités de défense des droits de l’homme au Cabinda ».
A l’occasion de votre mission en Angola, l’ACAT-France souhaiterait que vous poursuiviez le soutien de la France à l’association Mpalabanda et que vous encouragiez les autorités angolaises à rapidement la réhabiliter dans sa légalité et dans ses droits afin qu’elle puisse mener à bien ses opérations d'évaluation et de surveillance de la situation des droits de l'homme au Cabinda comme elle l’a régulièrement fait entre 2003 et 2006.
Nous vous prions d'agréer, Monsieur, l’expression de notre haute considération.
Clément BOURSIN
Chargé de mission Afrique
Copies :
- Monsieur Jean-Marc CHATAIGNER, Directeur de cabinet, Fax : 01.53.69.43.81
- Monsieur Michel SUCHOD, Conseiller spécial auprès du secrétaire d'Etat, Fax : 01.53.69.43.51
Contact : Clément Boursin, Chargé de mission Afrique, ACAT-France, 7 rue Georges Lardennois, 75019 Paris, Fax : 01.40.40.42.44, clement.boursin@acat.asso.fr