ACAT-France
7 rue G.Lardennois, 75019 Paris Fax : 00 33 1 40 40 42 44 | Madame la Députée Sylvie Andrieux Présidente du groupe d’amitié France – Zimbabwe Assemblée nationale Casier de la Poste Palais Bourbon 75355 Paris 07 SP Fax : 04 91 02 83 31 | |
Paris, le 21 mars 2007 |
Objet : risque de chaos au Zimbabwe et d’extension de la crise à l’Afrique australe
Madame la Présidente,
L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-France) est profondément préoccupée par la situation des droits de l’homme au Zimbabwe et par l’usage excessif de la violence utilisée par les autorités zimbabwéennes pour réprimer toute voix dissidente.
Le 11 mars 2007, la police a tiré à balles réelles sur des militants du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) pour les empêcher de rejoindre une « prière collective » organisée par la coalition Save Zimbabwe Campaign dans un stade de Harare. Au cours de l’intervention policière, une cinquantaine de responsables du MDC, dont le président, M. Morgan Tsvangirai, ont été arrêtés. Pendant leur détention, ils ont été sévèrement battus.
Depuis cette date, près de 150 membres ou sympathisants de l’opposition ont été conduits en prison. On estime le nombre d’arrestations à 300 depuis le mois de février 2007.
Le 18 mars 2007, le député du MDC, M. Nelson Chamisa, a été attaqué par huit inconnus dans l’enceinte de l’aéroport de Harare, alors qu’il partait à Bruxelles (Belgique) pour une réunion des parlementaires de l’Union européenne et de la région Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). Roué de coups, il a été conduit à l’hôpital avec des blessures à l’œil et à la mâchoire. La veille, deux autres de ses collègues avaient été arrêtés dans le même aéroport alors qu’ils se rendaient en Afrique du Sud pour des examens médicaux suite à des mauvais traitements infligés lors de leur détention une semaine auparavant.
L’intention du Président Robert Mugabe de prolonger son mandat présidentiel de deux ans jusqu'en 2010 suscite une vaste opposition au sein de la société zimbabwéenne. Les dérives autoritaires du régime Mugabe, associées à une corruption galopante parmi les membres du gouvernement, ont poussé le Zimbabwe vers une grave récession économique. Les bas salaires n’ont pas suivi l’augmentation du coût de la vie. Du coup la population vit dans la misère et le taux de chômage dépasse les 80%. Depuis plusieurs mois, organisations non gouvernementales, associations paroissiales, travailleurs et étudiants organisent des mouvements de grève sporadiques dans le pays pour demander un changement politique démocratique.
Pour éviter tout mouvement de protestation, le gouvernement a interdit depuis février 2007 tout rassemblement ou manifestation de l'opposition et a imposé couvre-feu informel aux habitants d’Harare.
Les sanctions imposées par les occidentaux contre le Zimbabwe depuis les élections controversées de 2002 ont semé la discorde au sein même du parti au pouvoir, la Zanu-PF. Face au risque de chaos au Zimbabwe et à une possible extension de la crise aux pays voisins de l'Afrique australe, une pression régionale et internationale est nécessaire pour contraindre le gouvernement en place à dialoguer avec l'opposition politique et la société civile en vue de créer un gouvernement de transition.
Nous vous demandons d’œuvrer auprès de vos homologues zimbabwéens afin de pousser le gouvernement zimbabwéen à :
· remettre immédiatement en liberté tous les responsables politiques de l’opposition détenus ;
· ouvrir immédiatement une enquête impartiale et approfondie sur la mort de Gift Tandare, militant du MDC, abattu par des policiers le 11 mars 2007, et sur tous les mauvais traitements infligés aux responsables du MDC depuis le février 2007 afin que leurs auteurs soient dûment traduits en justice ;
· respecter les principes fondamentaux des droits de l’homme et de l’Etat de droit, en permettant notamment aux citoyens zimbabwéens d’exercer librement leur droit à liberté de réunion et de manifestation.
Nous vous prions d’agréer, Madame la Présidente, l’expression de notre haute considération.
Jean-Etienne de Linares
Délégué général de l’ACAT-France
Copies : Députés membres du groupe d’amitié France - Zimbabwe
Contact : Clément Boursin, Chargé de mission Afrique, ACAT-France, 7 rue Georges Lardennois, 75019 Paris, Fax : 01.40.40.42.44, clement.boursin@acat.asso.fr
L’ACAT-France est affiliée à la Fédération Internationale de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture, ayant statut consultatif auprès des Nations-unies, du Conseil de l’Europe et de la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples.