ACAT - CCFD - SURVIE - SECOURS CATHOLIQUE
Monsieur Jacques Chirac
Président de la République française
55, rue du Faubourg Saint Honoré
Palais de l'Elysée
75008 Paris
Paris le 6 avril 2007
Objet : protection des populations du Darfour, position de la France
Monsieur le Président de la République,
La tragédie en cours au Darfour, que vous avez, vous-même dénoncée, se poursuit au vu et au su de tous : le Droit international humanitaire continue d'être régulièrement violé par les différents belligérants. Les populations, encore aujourd'hui, sont les principales victimes de ce conflit. Un cessez-le-feu se fait toujours attendre et le déploiement annoncé d'une force mixte de l'Union africaine et des Nations unies tarde à se réaliser, alors que la plupart des résolutions votées par le Conseil de Sécurité demeurent largement inappliquées.
L'Union européenne jusqu'à présent ne s'est pas montrée à la hauteur de cette crise. Elle avait pourtant su se montrer plus efficace et vertueuse en adoptant des sanctions individuelles dans d'autres cas
[1]. Elle a jusqu'à présent échoué à le faire dans le cas du Darfour et du Soudan, le Conseil de l’Union européenne refusant même de suivre les recommandations en ce sens formulées par le Parlement européen dans une résolution du 15 février 2007 consacrée à la situation au Darfour.
Nous avons conscience que la résolution de la crise au Soudan en général, et au Darfour en particulier, devra à terme passer par un accord de paix large et accepté par l'ensemble des parties. Cependant les violations répétées par le gouvernement de Khartoum de ses propres engagements sont flagrantes. Son rejet de nombreuses résolutions du Conseil de Sécurité de même que son relus évident de négocier de bonne foi et de coopérer avec le Conseil des Droits de l’Homme ou la Cour Pénale Internationale ont démontré a l'envi l'échec et l’impasse de la diplomatie limitée à des mots. II est plus que temps pour la communauté internationale de prouver sa détermination a protéger les populations du Darfour et après de nombreux mois passés a brandir la menace de sanctions, de joindre enfin le geste à la parole.
Nous sommes convaincus que des sanctions ciblées
[2] sont indispensables pour contraindre les belligérants à arrêter les combats et à accepter le déploiement d'une force internationale de protection suffisante au Darfour, conformément a la résolution 1706 des Nations unies. De telles sanctions doivent viser non seulement les individus responsables des massacres, mais aussi le parti au pouvoir à Khartoum qui ne tient aucun compte des résolutions du Conseil du Conseil de Sécurité. En regard de cette urgente mise en œuvre de sanctions, une feuille de route objective devrait être établie et énumérer les différents domaines dans lesquels des changements de direction doivent être imposés depuis le désarmement des Janjawids jusqu’à l’application de l’accord de paix avec le Sud Soudan, en passant par la fin des entraves au déploiement de l’aide humanitaire.
Au niveau européen, allant à l’encontre de la plupart de ses partenaires, la France s’est malheureusement opposée jusqu'à présent à la mise en application de ces sanctions. Nous pensons que la France ne peut banaliser ses relations diplomatiques et économiquesavec des régimes responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité et que les populations du Darfour ne peuvent attendre l'élection d'un nouveau Président, d’une nouvelle Assemblée et d’un nouveau gouvernement en France. Avant de « passer la main » à une nouvelle équipe présidentielle et gouvernementale, vous avez l’occasion de poser un dernier acte diplomatique majeur : faire que la France rompe enfin avec son attentisme coupable et soutienne la mise en œuvre de sanctions lors du Conseil européen des 23 et 24 avril.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.
Joël Thomas,
Président du CCFD.
Comité catholique contre la faim et pour le développement
- Marc Zarouatl. président d'ACAT France
- Jean-Pierre Richer président du Secours catholique/Caritas France
- Odile Biyidi, présidente de Survie.
[1] Biélorussie, RDC, Côte d’Ivoire, Moldavie, Birmanie, ZimbabweBidonne.
[2] Refus de visas, gel des avoirs, gel des relations commerciales avec les pouvoirs publics et les gouvernements de Khartoum, gel des investissements dans le secteur pétrolier soudanais.